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( Extraits du livre "LE CHAT" de Fernand Mery. Edition 1966)
Qu’il s’agisse d’un chat à poil long ou à poil court, que le fond de sa robe soit d’un gris plus ou moins uniforme ou d’un jaune plus ou moins roux, ce fond, plus clair que les rayures ou marbrures diverses qui le marquent, est toujours homogène. Pour caractériser cette robe, les éleveurs ont un nom à consonance anglaise. Ils disent que le chat est tabby. Ce mot, en réalité espagnol (et qui désigne une sorte de soie ressemblant à la moire), n’est pas utilisé dans la péninsule Ibérique pour le chat domestique tigré. Dans la langue de Cervantes, le chat que nous disons « européen » porte de nom de gato romano, chat romain… On voit déjà combien, dès qu’il s’agit du chat, le paradoxe et la confusion règnent en maîtres… Contentons-nous donc de distinguer – chez le chat rayé – deux types à peu près fixés : le chat tigré dont le dos est parcouru par une seule raie dorsale et des tigrures transversales, et le chat annelé qui présente non plus une seule, mais trois raies dorsales parallèles et, sur tout le reste du corps, des marques bien délimitées, plus ou moins spiralées ou annelées. Le chat rayé (ou tabby) mis à part, nous trouverons, dans les robes du chat de nos foyers, les plus fantaisistes combinaisons du blanx, du noir ou du roux que l’on puisse imaginer.
Les chats réellement d’une seule couleur sont rares. Vêtus de blanc, de crème, de noir ou de roux, au poil généralement lustré, ils ont la tête irrégulièrement globulaire ou vipérine et les yeux vont de l’orange au vert ; seuls les unicolores blancs, ou crème, ont en général les yeux bleus. Les laboratoires de l’école vétérinaire d’Alfort et ceux de l’institut français de la Recherche agronomique se sont penchés sur ce problème de couleurs. Ils ont dénombré une douzaine de gènes de coloration dans le patrimoine héréditaire (ou génotype) du chat. Certains de ces gènes peuvent, à eux seuls, entraîner la couleur de la robe ; les autres dépendent des gènes voisins pour produire des effets apparents déterminés. On sait, en effet, qu’il existe deux sortes de gènes : les gènes dominants, qui se manifestent toujours, et les gènes récessifs qui ne se manifestent qu’à l’état pur. Si, par exemple, le blanc est dominant, la robe sera entièrement blanche quels que soient les gènes en jeu. Si le blanc est récessif (ce qui est le cas le plus courant), le blanc pourra être lié à toutes les variétés de la robe. La longueur et la texture du poil varient également, mais selon une gamme plus restreinte. Il est des chats à poil court et serré, plus ou moins brillant, plus ou moins soyeux . Comme pour la couleur blanche, le poil long est en général lui aussi d’ordre récessif. Ces quelques notions ingrates sont données uniquement pour souligner les difficultés auxquelles on se heurte lorsqu’on veut expliquer le mécanisma biologique qui préside à l’apparition de telles ou telles couleurs. Non seulement, en effet, certaines couleurs (comme le beige, le roux, le noir) sont des gènes d’extension liés au sexe de l’individu (ce qui explique, par exemple, la rareté des mâles bicolores, et à fortiori tricolores et quadricolores, par rapport au nombre de chattes semblablement vêtues), mais d’autres influences, qui ne sont pas liées directement au génotype, peuvent intervenir pour modifier l’aspect de la couleur, ou même l’aspect général des divers chats. Jean Rostand n’a pas hésité à écrire que les bébés siamois (qui naissent tout blancs) resteraient immaculés si on les élevait dans une serre chaude. Buffon, déjà, n’avait pas craint d’affirmer que le climat, l’alimentation, le genre d’existence jouent égalemlement un grand rôle. Selon Buffon : « Les chats chinois de la province de Pe-Chi-Ly doivent à la richesse de leur régime, à la chaleur et au farniente, d’avoir les oreilles pendantes et le poil long, tandis que les couleurs du chat d’Espagne du Nord, loin de s’être affaiblies et d’être devenues uniformes comme chez le chat d’Orient, se sont exaltées devenues plus franches et plus vives, le roux ayant viré au rouge, le brun au noir, et le gris au blanc. » Sans doute est-ce une interprétation un peur simpliste, mais il faut bien admettre que plusieurs de ces éléments jouent en effet un certain rôle dans la grande variété des couleurs. Ce n’est point parce qu’à travers les âges on n’a jamais surveillé les croisements des chats, que le gris, le fauve, le noir, le blanc ont pu donner ce kaléidoscopique vestiaire… Il existe en effet d’autres félins dans la nature : des panthères noires (comme il existe des chats noirs sauvages en Caucasie), des panthères blanches et des panthères ocellées : leurs croisements n’ont pas été plus dirigés que ceux des chats… et pourtant, trouverait-on chez les panthères une gamme de robes comparables à celles de nos chats du foyer ? La question de la ligne, aussi, reste troublante : la ligne des chats d’aujourd’hui est incontestablement très éloignée de celle que devaient avoir les chats d’Egypte. Qu’elles soient de bronze ou de pierre, qu' elles datent de XIIe ou de la XXe dynastie, toutes les statues égyptiennes du chat ont lemême aspect longiligne, cette même structure de la tête, ces mêmes longues oreilles et ce même mufle allongé qui permettent d’inscrire cette tête dans un triangle. Toutes les représentations plastiques de l’antiquité égyptienne reproduisent les mêmes hautes pattes grêles, la même poitrine profonde et relativement étroite. Ce sont là autant de caractéristiques anatomiques que l’on chercherait vainement chez nos chats actuels – le siamois de vieille souche et le bel abyssin exceptés. L’aspect physique des chats domestiques (chats de race pure autant que chats de gouttière) les rapproche du chat sauvage en général, dont nous avons précédemment décrit la face mafflue, le large thorax, le rein musclé. S’agit-il d’un retour au type d’origine ? Une réponse affirmative autoriserait à supposer : ou bien que les peintures, les gravures et les sculptures du chat égyptien ne correspondent en rien à l’image du chat de cette époque (et ceci paraît bien improbable quand on connaît la fidélité des artistes animaliers des bords du Nil à leurs modèles), ou bien que déjà le chat de Libye et les chats de jadis (lesquels paraissent bien avoir donné le chat domestique d'Egypte) étaient très différents des chats d'Afrique d’aujourd’hui… On le voit, tout n’est encore ici que confusion et paradoxe.
CHATS SIAMOIS ET RACES DERIVEES Le siamois est le prince des chats. A s’en tenir aux seules qualités physiques, il est prince, par cette beauté délicate où l’élégange de la ligne se marie à la finesse de la musculature et à la délicatesse des couleurs. Le corps est de couleur crème ou café au lait clair. Les pattes postérieures sont légèrement plus élevées que celles de devant. La tête, littéralement triangulaire, est éclairée de ces yeux lumineux, d’un bleu à la fois doux et éclatant qu’on appelle le bleu de chine. Quelles sont exactement les origines du siamois ? On l’ignore. Le type en aurait été fixé par Pradgadipok, le père d’un roi de Siam qui les gardait jalousement dans son palais. En voler un seul entraînait la mort. En dépit de cette menace, cependant, quelques-uns des boys chargés de l’entretien des chats et de leur surveillance n’hésitaient pas à soustraire de temps à autre un chaton par portée, pour l’aller le vendre à Shanghaï aux officiers de marine de passage. Les premiers chats de Siam font leur apparition en Europe en 1884, importés en Angleterre, de Bangkok, par Mr. Owen Gould, qui les offre à sa sœur Mrs. Weley. Ils sont en France l’année suivante : Auguste Parvie, ancien résident de France au Siam, en offre un couple au jardin des Plantes. En 1893, au retour d’un voyage de Indochine, la belle-fille du président Sadi Carnot en ramène quelques-uns à Paris et, dès les premières naissances, elle fait don de plusieurs chatons à la ménagerie du Muséum. Le snobisme ne s’est pas tout de suite emparé de ces porcelaines vivantes dont le cri est plus proche de l’appel de l’enfant que du miaulement de la bête. Jusqu’en 1914-1918, rares sont en France les amateurs de siamois. C’est à la fin de la Première Guerre Mondiale seulement que les chats de Siam commenceront à conquérir la vieille Europe. Depuis, à travers les expositions publiques, la félinotechnie en aura diffusé l’attrait, au point que l’offre fut longtemps supérieure à la demande. Les excès d’une production intensive et d’une consanguinité poussée à l’extrême entraînerent l’évolution de la race vers des types de chats au front plus développé, au crâne plus large, aux yeux presque globuleux, d’un bleu lavé, et dont le regard est souvent affecté de strabisme. Des membres courts, une queue plus ou moins atrophiée apparurent aussi plus fréquemment dans les portées.Heureusement, devant des productions si decevantes, une réaction énergique des dirigeants de l’élevage se manifesta. En 1932, elle imposa dans les concours une échelle de points précis, et dès lors la production ses siamois revint progressivement au chat de Siam de type longiligne, à queue longue, tête pointue et yeux légèrement obliques, dont elle ne s’éloignera plus. On s’attardera à rechfercher un corps long, svelte, élancé (jamais gras), les membres minces (jamais courts, avec des pattes postérieures légèrement plus hautes que celles du devant). La tête doit être reptilienne avec des oreilles bien ouvertes et longues, taillées en triangle, c’est-à-dire larges à la base et littéralement effilées aux extrémités. On notera que les petits siamois viennent au monde de couleur de neige, et n’acquièrent qu’en grandissant un masque sombre, en même temps qu’ils se chaussent et se gantent de daim foncé. C’est sur cette couleur des extrémités que, dans le but de créer la rareté d’une variété nouvelle que les éleveurs portent tout particulièrement leurs efforts. Il existe ainsi désormais – à côté du seal-pointed classique – le blue pointed, aux bottes et masque gris-bleuâtre, le chocolated-pointed dont les mêmes marques terminales sont d’un marron moins soutenu, et le gold-pointed enfin, ganté, masqué et chapeauté d’orange, mais dont la couleur des yeux n’a pas encore été précisée par l’aréopage officiel qui prédise au standard international. Quoi qu’il en soit, la race des chats de Siam ne semble plus menacée aujourd’hui. Après une querelle qui dura vingt ans, sur le type idéal, les éleveurs préconisent désormais des sujets caractéristiques, aux muscles longs et aux yeux de ciel azuré. Le chat siamois, a l’esprit éveillé, au caractère affectueux et si gentiement sociable en dépit de sa voix perçante, est de nos jours bien fixé que de telles qualités dominent toujours, en dépit d'accidentelles mésalliances. Quel que soit l’autre partenaire, la descendance n’absorbera pas l’ancestral siamois d’élite, retrouvé.
Comme le dernier des profanes de défendrait-il d’établir une évidente parentée entre le siamois et cette autre très belle race dite des chats de Birmanie ? Tout, en eux, évoque la comparaison : leur aspect, leur couleur, leurs origines mêmes… ou tout au moins le creuset commun de leur sang, Cet Extême-Orient où la légende côtoie ou chevauche partout la vérité. A part les écrits de sir Russel Gordon et d’Auguste Pavie, aucun document, en tout cas, n’a jamais apporté de précisions sur les origines réelles du chat sacré de Birmanie. En 1918, M. Vanderbiltaurait réussi à introduire en Europe un couple de ces chats exceptionnels, soustraits au temple de Lao-Tsun, près du lac Indaoujgi en Birmanie. L’Angleterre en aurait eu alors le révélation et la primeur. Si nos souvenirs sont exacts, c’est seulement en 1926 que Marcelle Adam, propriétaire, prêtresse et escflave heureuse du fameux « Manou de Madalpour », présente pour la premièrefois en France, les premiers chats venus des montagnes du Lugh. Tous ceux que l’on connaît, tous ceux que l’on produit et tous ceux que l’on vend en europe aujourd’hui ne semblent pas avoir d’autre origine. L’histoire de ces premiers birmains vaut donc qu’on s’y arrête un peu. Selon Beaudoin-Crevoisier, le premier couple de birmans authentiques, importé, aurait donc été offert par M. Vanderbilt à Mme thaddé Hadisch, qui les ramena en Europe. En dépit des soins dont on les entourait , le mâle mourut sur le bateau. Fort heureusement, quinze ou ou vingt jourzs plus tard, au cours d’un bref séjour à Nice, la femelle se révélait pleine. Un matin, elle mit au monde une portée de pures petites burmanes. Arrivée à l’âge de procréer à son tour, l’une de ces petites chattes (du nom de « Poupée ») fut croisée avec un siamois, baptisé pour la circonstance « chat du Laos » ! Qu’importe l’étiquette ! Deux mois plus tard naissaient d’indiscutables chats birmans, des chats de couleur café-crème, dont on vit, de demaine en semaine, le poil ras s'allonger, les extrémités et la tête virer au marron le plus pur, et les pieds se ganter d’un blanc immaculé. On ne fit guère cas de deux d'entre eux qui rappelaient trop le papa siamois dont ils avaient les yeux d’un azur plus lavé et, en l’absence de toute tache blanche au bout des doigts, un poil à aucun autre comparable à la fourrure des « Madalpour », leurs communs et célèbres ancêstres. On s’attacha à ne croiser entre eux que les premiers, c’est-à-dire les chats à poil long, et c’est ainsi que, de sélection en sélection, par consanguinité directe ou par croisements successifs avec des siamois gantés de blanc (car il en est !), on parvint à reproduire, à peu près à coup sûr, ce type tant estimé des chats de Birmanie. En souvenir de la grand-mère veuve, on conserva à cette descendance de nom des « Madalpour» . La lignée un peu discutable des chats sacrés avait une souche. L’étonnant fut que, en moins de dix ans, la race des chats à poil long, gantés de blanc, parut fixée. En définitive, qui pourrait, aujourd’hui, préciser si le birman a eu (ou non) le siamois dans ses ancêstres, ou si le siamois lui-même ne descend pas, tout simplement, des chats birmans ? Quoi qu’il en soit, il devenait impérieux que l’on n’eût point à déplorer, chez les nouveaux venus, de retours ataviques. Dans le silence et la discrétion des rapprochements clandestins, les éleveurs ont-ils fait, en secret, appel au persan blanc ? Ont-ils, avec un inégal bonheur, demandé au vieux siamois de transmettre sa robe à nulle autre pareille ? Peu importe : il existe de nos jours un félin : le birman, une race aux qualités indiscutables, que l’on se doit de conserver. Le prototype en est connu, et les canons de la beauté du chat de Birmanie font l’objet d’exigences précises. Le corps, allongé massif, doit reposer sur des pattes courtes et puissantes, et la taille doit être moyenne, sans tendance au gigantisme ni au sujet dégénéré. La tête est forte et large, et la plus ronde possible. Le nez est court et le front bombé. La robe a la couleur de celle du siamois ; la face ; la queue et les pattes sont marron, mais le beige du cops est légèrement doré. Ce reflet d’or, très recherché en Angleterre, apparaît sur un fond bronzé quand l’animal est en pleine lumière. Les pattes sont gantées de blanc, et, sur les membres postérieurs, le poil blanc se termine haut en point, et, en arrière, sous le pied. La fourrure, longue ou demi-longue selon les parties du corps, doit comporter une colerette large, un poil plus frisé sous le ventre, et une queue de texture soyeuse et panachée.
Que dire maintenant du khmer ? C’est un birman qui aurait oublié ses gants au vestiaire. Si Mr . Stirling Weber, qui fait autorité en Angleterre dans l’élevage des siamois, persiste dans son ingénieuse idée de lancer les chats siamois à poil long, le khmer aura certainement dans cette création son mot à dire. On voit mal en effet qui, mieux que lui, pourrait contribuer à fixer un type de chat fabriqué, qui lui ressemblerait comme un frère. Donc, le khmer, ce birman du pauvre, a fait une timide apparition dans les concours pour la première fois vers le milieu de 1939. C’est bien unitilement qu’on a essayé d’imaginer en sa faveur une légende un peu moins riche que celle des chats de Lao-Tsun. Ses sympathiques qualités de chat rustique et bon enfant suffisent à l'imposer. Le khmer a l’apparence physique d’un persan de valeur très moyenne, tout étonné qu’on ait pu le déguiser en siamois. On chercherait vainement en effet, dans dans sa bonne tête arrondie, le faciès en lame de couteau du chat de Siam, son ancêtre. Rien de commun non plus dans la croupe et le rein, qui sont solides, les pattes, qui sont fortes et musclées, les pieds longs avec des doigts poilus armés de fortes griffes, et moins encore dans la queue généralement portée bas et don tla pointe est légèremnt relevée. Le chat khmer est de forte ossature : un bon mâle pèse aisément cinq à six kilos. D’où vient très exactement ce prolétaire ? Certains le disent issu du croisement d’un mauvais siamois et d’une blanche persane aux yeux lavande ; d’autres ne veulent voir en lui qu’un faux birman dégénéré. La première explication paraît être plus admissible. Siamoise et persan, persane et siamois, la précision est négligeable, l’intérêt, c’est qu’on ait établi son standard. Toutefois, la FEDERATION INTERNATIONALE FELINE D'EUROPE n’a pas, pour autant, admis jusqu’ici le khmer parmi les chats de race pure, pas plus que le siamois à poil long n’ont été reconnus comme « race » par le G.C.C.F. (Governing Council of the cat Fancy) de Grande –Bretagne. Ce groupement, qui fait autorité en la matière, a probablement ses raisons.
Et voici l’ultime asiatique, outsider dans la course au succès des créations félines. Le burmese n’est pas un chat banal ! Le burmese sort de Harvard, plus exactement de l’école de génétique de Harvard, où on a patiemment et longuement sélectionné jusqu’à ce qu’il soit une race, au sens zootechnique du terme. En 1930, le Dr G.C. Thomson, de San Francisco, importait de Birmanie une chatte du nom de « Wong Mau ». La fourrure en était très foncée et les pattes plus sombres encore. Par surcroît, cette birmane sans gants avait les yeux du plus beau jaune (ce qui est pour le moins insolite chez une fille de birmans). En l’absence d’un mâle semblable, on fit appel (une fois de plus !) au siamois. Le résultat fut électrique : autant de siamois que de burmese (ou tout au moins autant de ces chatons que l’on désigne ainsi, depuis que le type en a été fixé, reconnu et standardisé). La suite ne fut, on l' imagine, qu’une succession de mariages empiriques, de déceptions ou d’enthousiasmes, et pour tout dire : de tâtonnements entêtés. Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, le burmese est né. Il est officiel et classique ; son type idéal est le suivant : corps de taille moyenne (plutôt long, svelte et délicat), cou long et pattes fines, queue mince et très effilée. La couleur est du plus beau brun ; dégradé légèrement vers le ventre et vers la poitrine, sans aucune marque, ni tache, ni zébrure, avec masque et oreilles sombres… Mais attention ! On ne peut ignorer ce dernier détail : les yeux bridés et taillés en amande doivent être du plus beau jaune, jamais verts, et surtout pas bleus. En conclusion, le burmese est une sorte de siamois foncé, un siamois dont un ancêtre aurait jadis commis la faute d’épouser quelque sombre roturière aux yeux d’or et qui veut aujourd’hui revêtir son blason. Depuis 1954, le G.C.C.F.(déjà nommé) n’en a pas moins consacré cette race curieuse (que la France, on ne sait pas trop pourquoi, appelle « zibeline », un peu par flatterie ou un peu par snobisme sans doute, et peut-être aussi…par charité). On les disait autrefois angoras, et l'expression persiste encore pour désigner le caractère « poil long et soyeux » que l'on trouve, de-ci de-là, chez d'autres bêtes à fourrure. Sont-ils véritablement persans ou turcs, ces divers chats venus, selon Buffon, d'Asie Mineure, et qui auraient été auraient été introduits pour la première fois en Italie vers 1550, par un certain Pietro della Valle, et en France par le conseiller Peiresc du Parlement d'Aix-en-Provence ? Edmond Dechambre a publié à ce sujet la lettre intéressante qu'en mai 1856 un correspondant, M. Lottin de la, Val, adressait au président de la Société impériale d'acclimatation : « J'ai trouvé, disait-il, cette belle espèce féline (les angoras) sur le grand plateau arménien à Erzeroum, où le climat diffère singulièrement de celui d'Angora... » M. Lottin de la Val précisait que l'angora était la variété dominante parmi les chats du Kurdistan où il en avait rencontré de blancs, de gris, d'orange mouchetés. Il en avait connu également à Bagdad, mais en moins grand nombre, « parce que les habitants, disait-il, leur reprochaient surtout d'être vecteurs de peste... » Quoi qu'il en soit, il semble bien que la fourrure angora soit le fait d'une mutation brusque, que la sélection a fixée. Nous retiendrons simplement qu'il s'agit d'un sujet à poil très long, si long que, la sélection s'en mêlant, on voit parfois dans les expositions de véritables monuments pileux, sous lesquels on cherche difficilement à trouver l'harmonieuse anatomie du chat et la pureté de ses lignes. C'est pourtant là le triomphe de la production du persan, ce chat en tout point fabriqué et dont la morphologie n'a plus grand-chose de commun avec celle de l'angora d'origine. L'angora avait le crâne bien moins rond, et le nez plutôt allongé; le persan d'aujourd'hui au contraire se caractérise par un crâne globulaire et large, avec un nez à peu près inexistant, dans un faciès de pékinois. Le persan actuel répond à un type idéal dont la description est facile. Il doit avoir le corps ramassé, les pattes courtes et larges. La queue est de longueur moyenne, toujours très fournie et généreusement empanachée. La tête s'inscrit dans un cercle parfait, avec un front bombé, un crâne rond, un nez camus, le tout surmonté de petites oreilles bien dressées, au pavillon presque obstrué par des poils en mèches ou aigrettes. Enfin, pour animer cette face, des yeux ronds largement ouverts, de couleur toujours lumineuse (qu'ils soient orange, verts ou bleus). On imagine aisément que sur ce type général, admis partout comme prototype, la couleur permette de nombreuses variétés. Bleus ou gris, blancs ou noirs, crème ou roux ont contribué à créer une quinzaine de races reconnues qui, de Londres à Chivago et de Tokio à Paris, se disputent les faveurs de la mode.
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